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Intervenir sur les troubles mentaux : s'appuyer sur l'individu ou le sujet ? Le cas de l'autisme.

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TitleIntervenir sur les troubles mentaux : s'appuyer sur l'individu ou le sujet ? Le cas de l'autisme.
Publication TypeConference Proceedings
Année2011
AuteursBorelle, Céline
Autre titreJournée d'étude "Subjectivités dans le domaine de la santé"
Lieu d'éditionEHESS, Paris
Pagination15
Date détaillée2011/10/26
Catégorie

Bibliographie thématique / réponses institutionnelles

Mots-clésSanté
Résumé

Cette communication s’appuie sur l’enquête que j’ai réalisée dans le cadre de ma thèse qui porte sur les parcours des enfants pour lesquels est évoqué l’autisme, en articulant deux dimensions : les processus de qualification des problèmes et la production des arrangements pratiques de soins. L’hypothèse de ce travail de recherche est que le parcours d’un enfant pour lequel sont évoqués des troubles autistiques dépend du positionnement de ses parents dans les espaces d’interactions ouverts par les différents dispositifs institutionnels dans les mondes administratif, scolaire et médical. La méthodologie adoptée associe une démarche ethnographique, des entretiens semi-directifs et une approche par les cas familiaux.
Cette communication est un essai de cadrage théorique, une présentation de la grille d’analyse à laquelle amènent les principales observations tirées du travail d’enquête empirique. Cette grille d’analyse propose de considérer qu’un des enjeux structurants de l’intervention sur les troubles mentaux est de déterminer le support premier de l’action, entre individu et sujet, pour instituer la personne en l’amenant à partager le sens commun de la réalité sociale.
L’autisme questionne de manière fondamentale l’émergence de l’intersubjectivité, qui repose sur l’institution du système de l’interlocution, c’est-à-dire la maîtrise des trois positions : « je », « tu », « il » et l’alternance entre ces positions. (cf. Théry, 2010). Face à une situation d’ interlocution incertaine avec un enfant, l’enjeu de l’intervention est de pouvoir désigner ce dernier comme « interlocuteur possible », d’établir sa personne de manière relationnelle. Pragmatiquement, quels supports peuvent être mobilisés pour désigner l’autre comme « interlocuteur possible » ? Comment introduire l’enfant dans le « monde humain de la signification » selon l’expression d’Irène Théry ?
L’autisme peut être considéré comme un objet emblématique des questionnements moraux entourant le trouble mental. Le trouble mental prend une place particulière dans nos sociétés du fait qu’il touche à la dimension proprement humaine du vivant : la subjectivité (cf. Lovell et Ehrenberg, 2001). Si l’humanité et la socialité sont inextricablement liées, si l’être humain se développe non seulement par sa mise en relation avec un environnement naturel donné mais également par son entrée dans un ordre social et culturel spécifique (cf. Berger et Luckmann, 1989), comment instituer l’enfant autiste comme une personne ?
Cette communication entend montrer comment cet enjeu moral, l’institution de l’autre en tant que personne, se traduit sous une forme pragmatique dans toute intervention sur les troubles mentaux, où une position quant au traitement de la subjectivité doit être adoptée. Il s’agit d’éviter l’opposition simpliste entre approche biologique réductionniste et approche psychopathologique préservant la complexité du sujet en montrant que le traitement de la subjectivité est un dilemme pour l’action, quelque soit la conception sous-jacente des troubles mentaux.
Cette communication s’appuiera notamment sur l’analyse de Mathieu Potte-Bonneville quant à la place de l’individualisation et la subjectivation dans l’œuvre de Michel Foucault (2010). Il s’agit de poursuivre la piste de réflexion ouverte par cette contribution en proposant une modélisation des différentes formes d’articulation possible entre les processus d’individualisation qui s’exercent sur les corps et les processus d’assujettissement qui sollicitent la subjectivité.
En s’appuyant sur le cas de l’autisme, cette communication vise à comprendre comment le rapport entre individu et sujet est problématisé dans l’intervention sur les troubles mentaux. Si l’on peut dégager des tendances dominantes dans la problématisation du rapport entre sujet et individu qui sont liées à l’évolution des savoirs et des modèles thérapeutiques ; cette problématisation est nécessairement plurielle et son évolution non linéaire dans le temps.
Nous proposerons trois axes de questionnements selon lesquels le rapport entre individu et sujet semble être problématisé dans l’intervention sur les troubles mentaux: Quel est le rapport entre la dimension organique et la dimension psychique de l’anormalité ? Comment émerge le sens social de la réalité ? L’intervention s’appuie-t-elle sur la volonté du sujet ou la capacité de l’individu?

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