Accueil MSH-Alpes

Article

Benjamin Vial soutient sa thèse sur "L’expérience du non-recours dans les parcours d’insertion des jeunes peu ou pas diplômés"

Version imprimable

La soutenance de thèse aura lieu le 22 octobre 2020, à 14h.

Thèse dirigée par Philippe Warin

 

Sujet de thèse : L’expérience du non-recours dans les parcours d’insertion des jeunes peu ou pas diplômés

 

Composition du jury

Philippe Warin, Directeur de recherche CNRS, Laboratoire Pacte, Université Grenoble Alpes (UGA).

Patricia Loncle, Professeure des universités, Laboratoire Arènes, Université de Rennes.

Thierry Berthet, Directeur de recherche CNRS, Laboratoire d’Économie et de Sociologie du Travail (LEST), Université Aix-Marseille (AMU).

Léa Lima, Maitresse de conférences HDR, Laboratoire Interdisciplinaire pour la Sociologie Économique (LISE), Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM).

Yaëlle Amsellem-Mainguy, Chargée de recherche à l’Institut National pour la Jeunesse et l’Éducation Populaire (INJEP), associée au Centre de Recherche sur les Liens Sociaux (CERLIS) et à l’Institut National d’Études Démographiques (INED).

Tom Chevalier, Chargé de recherche CNRS, Laboratoire Arènes, Université de Rennes, associé au Centre d’Études Européennes (CEE) et au Laboratoire Interdisciplinaire d’Évaluation des Politiques Publiques (LIEPP).

Dominique Glasman, Professeur émérite des universités, Laboratoire LLSETI (Langages, Littératures, Sociétés. Études Transfrontalières et Internationales), Université Savoie Mont Blanc (USMB).

 

Résumé

Cette thèse porte sur le non-recours des jeunes à l’aide publique en France. Elle s’intéresse plus spécifiquement à l’expérience du non-recours dans les parcours d’insertion des jeunes peu ou pas diplômés. Elle s’appuie notamment sur une cinquantaine d’entretiens avec des jeunes ni en emploi, ni en formation, ni dans le système scolaire (NEET). Elle mobilise également de nombreux travaux en sociologie de la jeunesse et en sociologie des parcours de vie. Elle s’inscrit dans le champ de la littérature scientifique sur le non-recours aux politiques sociales. Elle est une contribution à l’analyse de la réception des politiques par les publics.

L’analyse des situations de non-recours vécues par les individus met en lumière l’importance du non-concernement des jeunes peu ou pas diplômés vis-à-vis des institutions d’insertion. Le non-concernement renvoie au fait pour les individus de ne pas se sentir concernés par les droits et les services auxquels ils peuvent prétendre. Ce phénomène est à la fois le signe d’un manque d’information sur les droits sociaux et la marque d’un désintérêt à l’égard des institutions d’insertion. Il est lié à la régulation par les institutions de l’accès des jeunes à l’information sur les dispositifs d’insertion socioprofessionnelle. Il reflète également les rapports distants, voire conflictuels, que les jeunes construisent avec l’offre publique.

Les jeunes peu ou pas diplômés peuvent toutefois décider de (re)venir s’inscrire dans une institution d’insertion. Certains racontent avoir fait l’expérience d’un « déclic » dans leur parcours de vie. D’autres se résignent à l’idée de solliciter l’aide publique, faute de pouvoir se débrouiller par leurs propres moyens. Une analyse sociologique des parcours de vie permet de distinguer trois cheminements idéaltypiques de retour vers les institutions d’insertion : « l’envie d’une autre vie » ; « la réaffiliation institutionnelle » ; « le retour à la case départ ». Cette typologie éclaire la dimension identitaire au cœur de l’expérience du non-recours. Elle montre la puissance sociologique des normes sociales liées à l’âge dans les cheminements de retour vers les institutions d’insertion.

Si les jeunes peu ou pas diplômés reviennent vers les institutions d’insertion, c’est avant tout parce qu’ils espèrent pouvoir devenir des adultes comme les autres. Les difficultés qu’ils rencontrent pour accéder à la citoyenneté socio-économique rappellent à ce titre les limites des politiques publiques qui leur sont destinées, et en particulier les conséquences des restrictions d’accès à un revenu minimum pour les moins de 25 ans. Cette expérience des difficultés d’accès aux droits sociaux, conjuguée à la précarité socio-économique, pourrait participer à la montée des valeurs conservatrices et des idées populistes.